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Au tout début, étaient la vision et le désir d’un homme : Connaissance Hellénique

► ὁ λύχνος n° 174, juillet 2026.

Connaissance Hellénique a été fondée en décembre 1976. « Son but : offrir au plus large public l’accès aux études grecques. Elle regroupe ceux qui désirent s’initier au grec ancien et ceux qui s’offrent à les y aider. Comité de patronage : Jacques Lacarrière, écrivain ; Frédéric Lionel, écrivain ; Madame Jacqueline de Romilly, professeur au Collège de France, membre de l’Institut ; Paul Veyne, professeur au Collège de France. Les associations pour les études de langues anciennes sont généralement des associations de professeurs ; la nôtre a ceci d’original qu’elle intéresse l’ensemble du public et que les enseignants y sont une minorité1 ».

Voici donc ce que Jean-Victor Vernhes, fondateur de Connaissance Hellénique, écrivait dans les premières pages du premier numéro du bulletin. Il s’agit aussi, et c’est important pour lui, du bulletin d’une association : la rubrique « courrier des lecteurs » occupe une place importante dans les premiers numéros. Il y a eu pendant longtemps les comptes rendus d’Assemblées Générales. Il avait à cœur le développement de sections géographiques puisqu’un des buts était de créer un réseau d’amitiés, et aussi parce qu’il fallait des gens sur le terrain pour en faire une association vivante. Il me semble que c’est à partir du numéro 8 (1979) qu’il est question de la section parisienne de Connaissance Hellénique. À ce titre, la « Note d’information » du numéro 9 (p. 30-31) nous apprend qu’il existe plusieurs comités dans la section parisienne : Paris intra muros, Créteil et Versailles.

Le bulletin deviendra dès le numéro 2 (décembre 1977) Λύχνος – La Lanterne. Bulletin de culture grecque publié par l’Association Connaissance Hellénique.

Jean-Victor Vernhes s’en explique en page 1 : « Je pensais depuis longtemps qu’il fallait un titre à notre bulletin. Mais c’est seulement au moment de livrer au tirage les feuilles que voici que j’ai songé à faire entrer Diogène au comité de patronage, par cette allusion à la lanterne qu’il promenait en plein jour en disant : ‘Je cherche un homme’. Qu’en pensez-vous ? Mes talents graphiques étant limités, peut-être pourriez-vous proposer une présentation plus artistique ? » Il termine cet article par une idée qui lui est chère : « L’hellénisme est pour nous un carrefour de sciences et d’expériences humaines. Nous espérons que grâce à vos collaborations ce bulletin saura exprimer cette diversité ».

Photo 1 – Λύχνος n° 3 (p. 1)

A partir du numéro 3 (février 1978), le titre s’est adjoint une petite lampe à huile à la fin du Σ. (photo 1) Le numéro 4 est un « numéro spécial » (avril 1978) : comme les numéros précédents, il publie des courriers des lecteurs, mais il est principalement constitué par l’annuaire des adhérents. Il faut noter le nombre relativement important : 15 adhérents à l’étranger (9 pays dont Allemagne, Belgique, Grèce, Suisse, et même Côte d’Ivoire et Pérou) et 332 pour la France, dont 57 à Paris et 73 en région parisienne. Un petit groupe dans les Bouches-du-Rhône (27 dont 16 à Marseille), à Nice (12). Le Λύχνος est bien un bulletin d’association qui veut créer des liens entre ses membres et encourage les adhérents à se contacter : « Cet annuaire est un message d’amitié ». L’illustration de la lanterne a changé, nous voyons une ampoule électrique (photo 2).

Photo 2 Λύχνος n° 4 (p. 2)

L’en-tête du numéro 5 (juin 1978) a été adressé par « une de nos adhérentes, Mme Nicole Nussbaum, de Saverne, et […] a été réalisé par son mari, professeur d’architecture à Strasbourg » (photo 3). Cette adhérente propose même « La Lampe » comme traduction, terme qui lui paraît plus approprié. Jean Victor Vernhes conclut : « Ce titre a suscité beaucoup de réflexions. Selon Roger Milliex, il faut (πρέπει) conserver ce titre car le Λύχνος est à la fois le flambeau et la lampe en grec ancien, et le mot subsiste en grec moderne au sens de ‘veilleuse’ ». C’est aussi dans ce numéro que paraissent les premiers textes en grec moderne traduits par Renée Jacquin et présentés dans les deux langues. Dorénavant, il y aura très régulièrement des traductions à partir du grec moderne, prose et poésie.

Photo 3 Λύχνος n° 5 (p. 2)

Dans le numéro 6 d’octobre 1978, un autre dessin est proposé : Diogène apparaît avec son tonneau, l’Acropole et sa lanterne (photo 4). Et c’est le numéro 7 (hiver 1979) qui présentera le premier titre et dessin que nous voyons encore aujourd’hui, marque de reconnaissance du bulletin (photo 5). Les conditions d’impression changent un peu. Au bas de la première page, il est indiqué : « imprimé à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence », tandis que sur le numéro précédent on pouvait lire : « Imprimé en octobre 1978 à l’Université de Provence ».

Photo 4 Λύχνος n° 6 (p. 2)

Photo 5 Λύχνος n° 7 (p. 2)

Mais c’est à partir du numéro 8 (printemps 1979) qu’en bas de la première page, et en majuscules, est annoncé : « Imprimé par Bernard Dufour sur la magnifique presse Offset de Connaissance Hellénique ». Bernard Dufour était un libraire du Boulevard National à Marseille, d’origine grecque, et qui « hébergeait » la machine Offset, s’occupant de la reprographie. Jean-Victor et moi allions ensuite les chercher chez lui et nous les assemblions feuille par feuille. Jean-Victor avait une machine à boules IBM, à la pointe de la modernité à l’époque, et il me l’a prêtée pendant tout le temps où j’ai tapé le bulletin. C’était vraiment de l’artisanat ! Voici ce qu’il raconte dans la « note d’information » du numéro 1 nouvelle série : « Si vous aviez été à Marseille au mois d’août, vous auriez pu […], en passant au 168 Bd National, pénétrer dans la librairie Karukera, et dire bonjour à Bernard Dufour, notre explosif directeur des publications, et même pénétrer dans son arrière-boutique et vous recueillir devant Rondelette (c’est le nom de notre Presse Offset). Si vous étiez venus le 14 ou le 16 août, vous m’auriez trouvé, en compagnie de Bernard et de Françoise, notre secrétaire efficace, en train de procéder à la mise en liasses et à l’agrafage du n° 9 (ancienne série). A nos côtés, Rondelette reproduisait affichettes et prospectus. Son ronronnement rythmique nous aidait à imaginer que nous étions dans un bateau, en route vers la mer Egée. Encore heureux qu’il ait fait beau… ». Suit un appel aux bonnes volontés pour venir aider à cette tâche ingrate (p. 32). D’autant plus que Bernard était un tant soit peu distrait et que nous avons eu parfois des surprises : des feuilles insérées dans le bulletin mais qui provenaient d’autres impressions, ou encore des pages tête bêche… (photo 6).

Photo 6 Λύχνος n° 3 nouvelle série (p. ???)

Avec le numéro 9 se termine la première série des bulletins. En effet, à partir de l’été 1979, paraît le numéro 1, nouvelle série. Ce bulletin s’ouvre avec un petit texte sur Diogène en grec et en Français : « Quelqu’un voulait étudier la philosophie avec lui. Diogène l’invita à le suivre par les rues en traînant un hareng. L’homme eut honte, jeta le hareng et s’en alla, sur quoi Diogène, le rencontrant peu après, lui dit en riant : ‘un hareng a rompu notre amitié’2 […] Qui est ce Diogène, dont la plupart des historiens de la philosophie signalent à peine l’existence ? Oubli significatif… Est-il un original un peu fou ? le plus célèbre clochard de Grèce ? Cette histoire de hareng pourrait suffire à nous donner la réponse : il est un maître spirituel ». Diogène, petit bonhomme en première page de tous les numéros du bulletin, est donc présenté ici, personnalité tutélaire du Λύχνος. En page 2, la « philosophie » de l’association est présentée : « ce bulletin n’est pas la tribune d’une équipe de spécialistes. Il a au contraire été créé pour que puissent s’y exprimer tous ceux qui ont réfléchi à tel ou tel aspect de l’hellénisme. N’hésitez donc pas à nous communiquer vos projets d’articles. […] Ces pages sont destinées à être un lieu de rencontre. Nous attendons de pied ferme vos observations, vos critiques, vos louanges, vos suggestions, vos reproches… ». Sont signalés ensuite « le service d’initiation au grec ancien par correspondance […] ; les cahiers Agora pour les jeunes hellénistes du secondaire […] ; le Cratyle, bulletin de linguistique et de didactique grecques » (dont le premier numéro est annoncé pour le premier trimestre 1980) et « un réseau d’amitiés philhellènes qui se crée tout doucement ». On trouve dans ce numéro l’annonce de la formation d’un groupe Connaissance Hellénique à Nantes (p. 30). Mais nous y trouvons surtout deux informations importantes : La nouvelle série ? il s’agit « tout simplement » de « la mise en application d’une décision de la dernière Assemblée Générale de Connaissance Hellénique : notre Λύχνος accède à un autre niveau. Cessant d’être un simple bulletin intérieur d’association, il devient le lien de tous ceux qui s’intéressent à l’hellénisme. Et demande son inscription à la Commission paritaire de la Presse. Cette inscription, si elle est obtenue, nous apporte d’importants avantages pour notre diffusion : tarif postal préférentiel. Elle implique aussi des obligations. Celle de dissocier adhésion à l’association et abonnement au Bulletin ».

C’est à partir du numéro 2 nouvelle série que la première page trouvera sa forme définitive, conservée jusqu’à la fin des numéros papier : une illustration sous le titre. (photo 7). Le numéro 4 annonce l’inscription à la Commission Paritaire des Publications et Agences de Presse, le numéro 5 affiche pour la première fois un sommaire et le numéro 9 renoncera au format A4 et ressemblera beaucoup plus à une revue et c’est l’imprimerie Esmenjaud, à Gardanne, qui assurera l’assemblage du bulletin.

Le numéro 3 annonçait la mise en place d’une section en Alsace, mais dans le numéro 4, le compte rendu de l’Assemblée Générale signalait une difficulté : « le groupe Connaissance Hellénique d’Alsace s’étant jusqu’à présent refusé à appliquer le règlement financier de l’Association, mandat est donné au Président pour régler définitivement cette question dans les 10 jours » (p. 32). Le numéro 8 de juillet 1981 donnera les résultats de cette démarche. En effet, nous pouvons lire dans le compte rendu de l’Assemblée Générale du groupe d’Alsace ce qui suit : « les cotisations perçues à Strasbourg en 1980 ont été transmises au siège, à Aix-en-Provence. […] Les cotisations, qui ont été portées à 60 F pour 1981, doivent désormais être versées directement au siège, à Aix » (p. 34). Affaire donc réglée rondement par Jean-Victor.

Ayant surtout collaboré au bulletin, je n’ai quasiment pas parlé du cours par correspondance. Je me souviens de la joie de Jean-Victor Vernhes lorsqu’il évoquait le fait que son cours était reconnu par la Formation Continue de l’Université de Provence. Je peux aussi attester du temps qu’il a mis à compléter la méthode et du souci qu’il avait d’améliorer même pour la présentation les nouvelles versions dont j’ai relu une ou deux avant envoi à l’éditeur. Nous avons eu également de très nombreuses discussions sur la question de « grand public » et de la mise à disposition de travaux de qualité qui ne tombent pas dans un enfermement pour spécialistes.

J’ai commencé à être active dans l’association à partir de l’automne 1979, mais c’est surtout entre 1980 et 1982 que j’ai été intensément mêlée à la vie de Connaissance Hellénique. C’est l’époque où j’ai tapé les bulletins et remplacé la secrétaire, Françoise Bartissol-Mignon, pendant les trois mois de son congé de maternité à partir du 1er mars 1980. Il faut se souvenir que le travail de secrétariat, c’était vraiment de l’artisanat à l’époque et que ça prenait beaucoup de temps ! Il fallait faire des bordereaux de chèques avant de les déposer à la banque, répondre au courrier qui était, ma foi, abondant et varié : demandes d’inscription ou d’adhésion, « courriers de lecteurs en réaction aux articles du bulletin, propositions d’articles… Mais l’essentiel du temps était consacré au bulletin, fabriqué très artisanalement aussi : il était tapé sur l’IBM à boules que Jean-Victor m’avait prêtée, on ajoutait ensuite les illustrations et nous l’emmenions à imprimer chez Bernard Dufour, Boulevard National à Marseille. Les allers et retours en Aix et Marseille étaient fréquents car il fallait apporter la maquette, puis aller chercher les feuilles imprimées, puis les assembler et enfin aller à Gardanne, à l’imprimerie Esmenjaud. Je suis allée deux fois à l’Assemblée Générale à Paris, où j’ai rencontré notamment Odette Marceteau et André Breton. En mai 1981, j’ai été élue Secrétaire générale, car Jean-Victor avait insisté pour que je me présente à ce poste. J’ai démissionné en décembre 1982, époque où il m’a fallu renoncer à Connaissance Hellénique : j’avais commencé une thèse et j’attendais un bébé.

Jean-Victor Vernhes était très présent dans les bulletins : d’abord parce qu’il les a tous conçus, en tout cas je peux en attester jusqu’au moment où j’ai cessé d’y contribuer, mais aussi parce qu’il a écrit pas mal d’articles, souvent assez longs, dans lesquels, aux débuts, il expliquait la démarche et les buts de Connaissance Hellénique et du bulletin, c’est-à-dire sa vision des choses. Dans le numéro 5, l’article intitulé « Notre tendance » est révélateur et rappelle la « philosophie » de l’association, contenue dans l’article 1 des statuts. Il ajoute : « ce bulletin n’est pas l’organe d’expression d’un comité de rédaction. Chaque article paru n’engage que son auteur et si vous êtes en désaccord avec l’un d’eux, c’est l’occasion de nous en proposer un autre, ou du moins de nous communiquer vos impressions. Exprimez-vous ! Nous n’aspirons pas néanmoins à une neutralité insipide. Nous cherchons à abattre des cloisons, en faisant sortir l’étude du grec d’un monde scolaire un peu calfeutré, en le débarrassant de certaines connotations rébarbatives académiques, ainsi que de certaines associations d’idées qui tiennent du réflexe conditionné. […] Peut-être pourrions-nous devenir un lieu où se rapprochent les polarités contraires : de ce rapprochement naîtra l’éclair qui allumera notre Λύχνος. On pourrait dire aussi, en reprenant une formule jaillie de l’imagination fertile d’André Breton3 qu’il faut être un λυχνεών, c’est-à-dire un lieu où l’on dépose les λύχνοι. Que chacun de vous y dépose le sien, tout allumé : on y verra plus clair et on aura plus chaud ». Jusqu’au bout, Jean-Victor Vernhes a collaboré par de très nombreux articles à l’enrichissement du bulletin. Mais au début, il était présent aussi de façon plus familière : par ses tâtonnements sur le titre du bulletin, ou sur le logo à créer, et encore par de petits clins d’œil manuscrits (présentation du bulletin n° 6, ou encore la date et le numéro des 7 et 8 écrits de sa main en première page. A la fin du numéro 8, en dernière ligne, il annonce : « le numéro 9 du Bulletin est déjà sous presse », et ajoute à la main : « malgré la chaleur qu’il fait ! »

« Abattre des cloisons », disait-il. En effet, c’est tout l’hellénisme qui a été convoqué dans le Λύχνος, et c’était de l’audace et de la créativité que d’ouvrir si largement les portes de la culture grecque : antiquité, moyen-âge byzantin, Grèce moderne et contemporaine. Tous les aspects de la culture sont explorés : langue (histoire, prononciation…), histoire, philosophie, géographie, numismatique, littérature, mythologie, musique. Et pour la Grèce moderne, dès le numéro 3 (de la première série) est présentée une traduction en français par Renée Jacquin à partir du texte d’Hélène Caratzas en grec moderne : « Dame Chariclée et les chemises de Kémal » (p. 12-23). Cela durera pendant plusieurs décennies et le bulletin mettra à la disposition de ses adhérents des textes de poésie et de prose modernes. Mais les sujets n’étaient pas seulement littéraires : présentation de régions de Grèce, histoire moderne, … « Abattre des cloisons » signifiait aussi pour lui être un lieu où se retrouveraient des activités différentes pourvu qu’elles aient trait à la Grèce : nous avons parlé d’Agora, du Cratyle, des sections. Il y avait aussi la méthode qui était revue régulièrement, ainsi que les documents pour les élèves. Jean-Victor accordait beaucoup d’importance à la question de la prononciation. J’avais deux amis grecs. Il leur a fait enregistrer des textes pour les mettre à disposition des élèves des cassettes avec la prononciation.

Jean-Victor voulait une région d’Aix dynamique. Nous avons organisé deux conférences à Aix en 1980, dans les locaux du Centre Socio-Culturel du Val Saint-André, dont le directeur était l’époux de la secrétaire. La première, en mars, intitulée « Un univers nommé Chypre », a été présentée par Roger Milliex que Jean-Victor admirait beaucoup, et qui était le « créateur du Centre Culturel français de Nicosie, des sections de l’Alliance française de Limassol, Famagouste et Larnaca, ami personnel de Monseigneur Makarios, auteur du guide Nagel de Chypre4 ». La deuxième a eu lieu en décembre et a été donnée par le docteur Guy Delpierre, psychanalyste diplômé de l’Institut International de Psychothérapie de Genève, qui a parlé du destin5.

Jean-Victor Vernhes dépensait beaucoup d’énergie à essayer de faire connaître l’association dans la presse aussi. Il envoyait des informations sur Connaissance Hellénique aux journaux et guettait les éventuelles (et trop rares à son goût) parutions d’articles. Je terminerai cette évocation des débuts un peu épiques par une nouvelle qui l’a réjoui : « Connaissance Hellénique va bientôt faire une apparition à la télévision, fin novembre ou début décembre, un samedi après-midi sur TF1, dans le cadre de l’émission Temps X des frères Bogdanoff. L’émission sera consacrée à l’Atlantide. Elle comportera plusieurs entretiens. J’ai été invité à présenter un point de vue d’helléniste. […] Il faut que je vous raconte le tournage de l’émission. Il a eu lieu, pour la partie me concernant, le 21 juillet dans les carrières désaffectées des Baux de Provence. On enregistrait seulement mes réponses aux questions posées, celles-ci devant être insérées lors du montage. Je portais un micro invisible et la caméra était dissimulée à une cinquantaine de mètres. L’acteur André Rousselet, costumé en Platon, déambulait dans les parages. Les touristes qui circulaient dans les carrières se demandaient qui étaient ces deux dingues, dont l’un parlait tout seul, tandis que l’autre se promenait, déguisé à l’antique. Certains prenaient des photos. Pour certaines séquences, j’avais le soleil dans l’œil : je faisais plein de grimaces. Ce sera affreux : à ne pas manquer6 ».

Terminons donc cette évocation par l’image réjouissante de cette scène burlesque, qui est représentative de l’esprit de fantaisie qui régnait, malgré le sérieux et l’engagement sans faille dont il a fait preuve dans cette aventure. Car en effet, Connaissance Hellénique et son bulletin sont à l’image de leur créateur et du petit bonhomme se promenant avec sa lanterne : mélange de poésie, de distraction et de ténacité, travail sans relâche et suite dans les idées sous des aspects de dilettantisme, mélange de sérieux et de fantaisie, amour inconditionnel et profond et intérêt très large pour tout ce qui concerne la Grèce, c’est-à-dire pour l’ensemble de l’hellénisme géographiquement et historiquement. Ces ingrédients ont permis une belle réussite, une expérience riche. Connaissance Hellénique porte bien son nom et résume parfaitement le but de Jean-Victor Vernhes. 50 ans ont passé, il ne nous reste plus qu’à souhaiter à cette vieille dame au moins autant de longévité. Malgré la position très affaiblie des études classiques, devenues presque transparentes, la Grèce continue de faire rêver, depuis les anciens Minoens jusqu’à la Grèce très contemporaine. Jean-Victor avait la recette, et nous l’a donnée pour continuer à faire vivre ce rêve humaniste et libertaire.

1 Jean-Victor Vernhes, « Histoire d’une expérience », n° 1, mai 1977 du Bulletin de l’association Connaissance Hellénique.

2 Extrait de la biographie de Diogène, dans les Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laërce, écrivain grec du III° siècle de notre ère. Traduction Robert Grenaille (Garnier-Flammarion).

3 Nom d’un de nos adhérents, membre très actif de l’association et de la section parisienne, qui a pendant très longtemps écrit la rubrique « Mémoires d’un helléniste autodidacte ».

4 Numéro 4 nouvelle série, juillet 1980, p. 28.

5 Numéro 6 nouvelle série, janvier 1981, p. 38.

6 Numéro 5 nouvelle série, en page 29.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Mireille Brémond (30 juillet 2026). Au tout début, étaient la vision et le désir d’un homme : Connaissance Hellénique. Connaissance hellénique. Consulté le 12 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16n3t


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