La Terre sans eau
► ὁ λύχνος n° 174, juillet 2026.

Luigi Sabatelli, Le Conseil des dieux (1819-1820), Palazzo Pitti, Florence (wikicommons)
Sur l’Olympe.
Les dieux furieux du comportement des humains se sont réunis.
— Après avoir inventé la chasse, les hommes, qui n’ont plus de grands fauves à tuer, ont inventé la guerre.
— C’est là où ils triomphent ! En ce moment, penchez-vous un peu au-dessus des nuages, vous pourrez les voir s’entretuer allègrement.
— Il n’y a qu’à intervenir ! Arrêtons-les !
— C’est vrai ! Qu’est-ce qu’on attend ? La plupart d’ailleurs ne croient plus en nous ! Ce serait une façon de leur rappeler notre existence.
— On a été un moment donné tous d’accord pour exterminer cette maudite engeance en envoyant le déluge qui devait les noyer tous. Mais il a fallu en épargner un,et hop ! C’était reparti !
— Combien sont-ils maintenant ?
— Huit milliards, je crois, malgré toutes les bonnes épidémies et pandémies pour les châtier !
— Faisons le contraire de ce que nous avons fait.
— C’est-à -dire?
— Le contraire du déluge ! Au lieu, de les noyer, asséchons-les. Allez, plus une goutte d’eau sur terre ! Tarissons toutes les sources ! Après la guerre du feu, la guerre du pétrole, il y aura la guerre de l’eau, la pire de toutes.
— Les naïades des sources, des fontaines , des rivières et des lacs ne méritent pas d’être condamnées en même temps que les êtres humains ! Elles sont de notre famille, même si ce ne sont que des divinités secondaires !
— Dommage collatéral ! dit Héra que Zeus avait souvent trompée avec elles.
Le maître des dieux est attendri par les charmants souvenirs de nymphes aux longs cheveux argentés, émergeant soudain à midi des rivières de montagne pour faire peur aux bergers.
— Elles n’ont qu’à demander l’hospitalité à leurs cousines, les néréides, les filles de Nérée, le Vieillard de la Mer ! Elles ne perdront pas au change, en remplaçant leurs couronnes de roseaux par celles de perles et de corail !
— Moi, j’aime l’espèce humaine, dit Prométhée…
— Oui, tu les aimes tellement que tu nous as déjà trahis en leur donnant le feu qui aurait dû rester le privilège des dieux ! Qu’as-tu l’intention de faire maintenant ? Tu n’as pas été assez puni ! Regarde-les ! Ils sont en train d’agoniser, ils ont bu le lait de leurs troupeaux, le vin pur de leurs cratères qu’ils coupaient toujours avec de l’eau, les parfums de leurs femmes et même le sang de leurs esclaves et de leurs prisonniers de guerre.
— Que comptes-tu faire, Prométhée ? Toi dont la spécialité est de permettre à l’humanité de survivre et qui es prêt à souffrir pour cela.
Prométhée, surveillé par le fils du dieu-fleuve Inachos, Argos le géant aux cent yeux, n’écoutait pas, il chuchotait à l’oreille de cet ancien dieu détrôné par Apollon l’Olympien.
Que pouvait-il bien lui chuchoter ?
Peu après, les humains sur le point de mourir de soif eurent la force de se lever, de crier au miracle en voyant descendre des plus hautes montagnes des cascades et des torrents qui remplissaient à ras bord les bassins naturels et les immenses citernes sur leur passage avant de s’écouler plus bas juqu’à la terre.
Vous avez deviné bien sûr à quel dieu Prométhée avait confié la mission sacrée de faire fondre, en s’en approchant au plus près, les neiges éternelles des hauts sommets et les glaciers.
C’était Hélios, le Soleil !
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N.B.
J’ai fait appel à une autre mythologie que la grecque pour trouver la solution. C’est la première des mythologies, la sumérienne qui imagine un paradis où l’eau provient directement du soleil.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marie-Françoise Mathieu (12 juillet 2026). La Terre sans eau. Connaissance hellénique. Consulté le 12 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16k56

quelle belle version ! Merci !